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Quel avenir pour l’agriculture togolais quand les jeunes désertent les campagnes ?

Irregular Greenhouse Workers, Las Norias, Almería, Spain, 2003

"Loin de prédire l’avenir de l’agriculture togolaise suite à l’exode rural, les jeunes professionnels proposent plutôt des solutions …. "

Du  samedi 4 au dimanche 5 février 2017, a eu lieu sur la plateforme WhatsApp du mouvement YPARD Togo, une discussion autour de la question : "Quel avenir pour l’agriculture togolaise quand les jeunes désertent les campagnes ?" Avec pour modérateur le Représentant National Adjoint du mouvement, cette discussion a connu la participation de plus d’une dizaine de jeunes. Loin de prédire l’avenir de l’agriculture togolaise suite à l’exode rural, les jeunes professionnels togolais explorent plutôt des approches vers des solutions concrêtes … Le développement des zones rurales, la mécanisation agricole, la constitution des réseaux de jeunes et le recours aux intrants chimiques sont entre autres solutions évoquées.

Le développement des zones rurales est un facteur qui va beaucoup plus retenir les jeunes

Plusieurs intervenants ont soutenu l’idée selon laquelle il faut développer le milieu rural pour retenir les jeunes. Pour Emmanuel Tola: "il faut la mise en place d’un système qui peut maintenir les jeunes dans leur milieu sinon, à l’allure où vont les choses, c’est seulement ceux qui connaissent la valeur de la terre qui peuvent s’y intéresser". Honoré Amevo poursuit : "une seconde solution pourrait passer selon moi par le développement des zones rurales.  Ce qui pousse les jeunes à quitter les villages, c’est la recherche d’une vie épanouie. Si on arrive à créer dans les localités, les conditions idoines, ils pourront y rester."  Des questions ont été posées à ce sujet pour mieux cerner ce qu’on entend par “ le développement des zones rurales”. Et pour les deux intervenants, développer le milieu rural revient à mettre en place certaines infrastructures de base comme l’électricité, les routes, les coins de loisirs, les infrastructures de télécommunication moderne et tout ceci afin de “permettre au jeune de vivre comme un citadin”.

La mécanisation est une nécessité; la mécanisation pourrait être la solution

La quasi-totalité des intervenants épouse cette position même si au final cela a donné lieu à un autre débat à l’issu duquel on retient qu’il ne faut pas mécaniser pour mécaniser. Notons qu’au Togo, le taux de mécanisation agricole est de l’ordre de 3% et les jeunes agronomes semblent être conscients de l’ampleur de cette situation.  "La question de la main d’œuvre agricole est épineuse, une situation causée par plusieurs facteurs : l’avènement du taxi-moto, le voyage vers le Nigéria par les jeunes ruraux pour faire valoir leur force physique dans les exploitations bien rémunérées comparé au Togo… Cette déprise agricole est un phénomène qui interpelle au changement des sources d’énergies pour le travail. Il s’impose alors la mécanisation", c’est ce que  dira Tetevi Kodjovi Edi. Adja  Kossi pouvait ajouter : “Le plus grand problème c’est le manque de mécanisation”. Honoré Amevo conclut : "Je trouve aussi que la solution à ce problème serait d’une part la mécanisation agricole."

Ces interventions, et bien d’autres, témoignent de l’importance que les jeunes accordent à la problématique de la mécanisation agricole au Togo.

Les jeunes doivent se mettre en réseau; ils doivent s’unir

Dans son développement, Adja Kossi ajoute, "C’est très important que nous, les jeunes, nous nous organisions en réseaux. Non seulement pour les agronomes, mais les agronomes seront là pour vulgariser les pratiques de production. Je crois que lorsque nous mettrons ensemble  nos compétences, nous pourrons révolutionner le système de production. Et quand nous révolutionons le système de production à la base, je ne vois pas encore l’importance d’aller en ville."

Nous, les agronomes, devons retourner à la campagne pour prouver ou démontrer qu’on peut vivre à partir de l’agriculture et donner l’exemple aux jeunes

"Je pense que nous, les agronomes, devons commencer par motiver nos frères du village en vivant un peu au village et en les accompagnant : mettre sur pied des lycées agricoles, les centres de loisirs, des choses qui attirent les jeunes dans les grandes villes et qui les poussent à quitter le village. Certains sont au village mais préfèrent conduire du zémidjan(expression locale désignant  le métier des conducteurs de taxi-motos)  car ils se disent que l’agriculture est pénible et ne paie pas. Allons au village et montrons aux uns et aux autres que l’agriculture est le secteur le plus rentable et le moteur de tout." Tels sont les propos de Zakaria Tanko.

Toujours dans le même ordre d’idée, Aliou Alao affirme: "Pour moi, il faut aussi que nous, les agronomes “intellectuels”, nous montrions la voie à ceux qui quittent les villages pour d’autres destinations en retournant au village et en mettant en valeur nos terres précieuses."

Les agronomes raisonnent comme si l’agriculture biologique est la seule chose qu’on enseigne dans les écoles d’agriculture

"Les occidentaux aussi ont connu les difficultés liés aux problèmes de main d’œuvre agricole à un moment de leur développement. Pour ce faire, ils se sont tournés vers les machines et la chimie. Ce que la majorité des agriculteurs togolais peut faire à l’état actuel, c’est d’utiliser les pesticides homologués. Malheureusement, on ne fait que parler de l’agriculture biologique comme si c’est la seule possibilité qu’on a. Les agronomes raisonnent comme si l’agriculture bio est la seule chose qu’on enseigne dans les écoles d’agriculture."

L’exode rural a ses avantages…

"Selon moi, l’exode rural a ses bons côtés. Avec cela, les producteurs vont maintenant réussir à avoir de très grandes exploitations. Ce qui doit accompagner la diminution de la main d’œuvre agricole, c’est la naissance des grandes exploitations et c’est là que nous, les agronomes, nous devons commencer par appliquer réellement ce que nous avons appris." Felix Edoh Aziabli.

"Une adaptation inattendue peut survenir. Si la transformation agroalimentaire connaît un bon essor comme déjà’ commencé, cela constituera un moteur pouvant faire prospérer le maillon de la production par les besoins qui se feront ressentir et la rationalité des agents économiques qui y accourront de leur propre chef." Elpidio Kougnigan.

Aux termes de cette discussion, nous retenons que la principale cause de l’exode rural est la recherche d’une vie meilleure, une vie plus épanouie. Parlant  d’approches de solutions à l’insuffisance de la main d’œuvre agricole que notre pays rencontre actuellement, les jeunes professionnels évoquent principalement la mécanisation de l’agriculture et le désenclavement des zones rurales. Le rendez-vous est pris pour une nouvelle discussion au début du mois de mars. 

Crédit photo: John Perivolaris