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Regards croisés sur le travail de terrain en développement agricole : des sommets de l’Himalaya à la côte tanzanienne

J’ai effectué des missions récemment pour rendre visite à deux stagiaires de l’ILRI que j’encadre. Ils ont effectué deux mois de travail de terrain pour le projet MilkIT financé par le FIDA. Ce projet cherche à améliorer les moyens de subsistance basés sur le lait en Inde et en Tanzanie à travers des innovations en alimentation animale et la mise en place de nouvelles chaînes de valeur. Cette étude est reliée aux méta-programmes du GCRAI sur l’élevage et l’aquaculture et sur les tropiques humides.
 
Notre but est de collecter des données qui nous aideront à valider un modèle d’évaluation d’impact des plateformes d’innovation. Malgré la grande différence entre les deux sites de terrain dans lesquels ils étaient immergés, les deux stagiaires ont pu échanger des leçons pertinentes entre eux et avec le projet qui les accueillait.

Pham Ngoc Diep

Pham Ngoc Diep est une étudiante vietnamienne en Master Economie agricole et alimentaire à l’université de Bonn en Allemagne. Diep est passionnée par le fait de travailler pour les agriculteurs.
 
Elle avait déjà une expérience de développement agricole au Vietnam et en Thaïlande avant son stage à l’ILRI mais sa motivation pour poursuivre ses études par un Master et pour effectuer ce stage était d’apprendre des méthodes et outils de recherche qu’elle pourrait utiliser ensuite de façon pertinente pour son travail de développement agricole.
 
Elle a suivi avec application les étapes traditionnelles d’un protocole de recherche : deux mois de revue de la bibliographie et développement des questionnaires, deux mois d’enquêtes de terrain dans la région de Tanga en Tanzanie ; elle travaille à présent à tabuler ses données avant analyse et interprétation pour écrire des publications scientifiques.
 
Issue d’un milieu urbain, Diep a beaucoup aimé son séjour prolongé auprès des communautés agricoles pour collecter ses données. Cette expérience lui permettra de mieux travailler avec des agriculteurs dans le futur car elle a été témoin et a pu apprécier leur routine quotidienne, comment ils communiquaient, comment ils voyaient, comprenaient et interprétaient les choses.
 
Diep espère utiliser cette nouvelle compétence dans le futur quand elle travaillera avec les agriculteurs dans d’autres pays. Diep a trouvé particulièrement difficile le fait de devoir travailler avec des interprètes car elle ne pouvait pas parler la langue locale. Ayant utilisé des agents de développement agricole en poste dans les communautés où elle travaillait comme interprètes, Diep devait penser à tout moment aux biais possibles qu’ils introduisaient dans les questions et réponses échangées avec les producteurs de lait, avec qui ils interagissaient aussi dans le cadre de leur activité professionnelle habituelle. Bien que la pension dans laquelle elle logeait quand elle se trouvait dans la ville côtière de Tanga fût très agréable, Diep a souffert de la chaleur aride quand elle travaillait dans les districts à l’intérieur des terres.
 

ShankerLe deuxième stagiaire qui travaillait en parallèle n’a pas eu de problèmes de langue ou d’hyperthermie. Shanker Subedi est un étudiant de Master en économie agricole à l’université de Hohenheim en Allemagne. Il est népalais avec une expérience professionnelle de développement rural dans son pays et il parle le Hindi. Donc Shanker se trouvait comme chez lui pendant son travail de terrain pour interviewer des petits producteurs de lait dans les villages de l’Himalaya dans l’Etat d’Uttarakhand en Inde du Nord. Il s’est très bien entendu avec les villageois chez qui il dormait et avec qui il partageait les repas, pour une somme modique.

Pour Shanker, cette expérience de terrain était une occasion de mettre en pratique la recherche agronomique pour le développement. Il a eu l’impression que son statut social avait été élevé quand il était là-bas du fait qu’il pouvait partager sa propre expérience tout à fait pertinente de développement agricole au Népal avec les partenaires du projet : le point de vue d’un jeune expert était reconnu.
 
Néanmoins, Shanker a été plus affecté par l’éloignement de son terrain d’enquêtes. La clé 3G qu’il avait achetée – et qui devait pouvoir fonctionner où il allait, selon le vendeur de la boutique de téléphonie mobile – ne pouvait en réalité capter aucun signal donc son ordinateur n’avait pas d’accès internet quand il était aux villages. Il a dû utiliser son téléphone portable pour rester connecté.
 
Shanker m’a dit qu’il avait souffert du froid intense de l’hiver himalayen pendant son séjour : il ne pouvait pas travailler en soirée parce que ses mains devenaient très vites engourdies quand il utilisait un clavier d’ordinateur dans l’air gelé. Les nuits très froides faisaient qu’il était également difficile de trouver un sommeil réparateur. Et puis c’est là que son ordinateur portable a décidé de ne plus fonctionner et qu’il a dû passer deux jours pour se rendre dans la ville la plus proche pour le faire réparer ; il a aussi perdu certains de ses fichiers dans l’aventure.
 
Diep et Shanker sont maintenant rentrés à Nairobi où il fait beau et frais. Ils travaillent à présent sur l’analyse de leurs données et la rédaction de leur thèse de Master ou rapport de stage, qui doivent être remis début avril.
 
Jo Cadilhon
Agro-économiste sénior
Programme Politiques, commerce et chaînes de valeur, ILRI